Le mythe de la conciliation famille-travail

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Maude Lyonnais-Bourque, Conseillère syndicale

Maude Lyonnais-Bourque,
Conseillère syndicale

Il importe, en cette journée internationale des femmes, de souligner le chemin parcouru par ces dernières pour en arriver, dans plusieurs domaines, à une égalité relative avec leurs collègues masculins. Il demeure cependant des sphères où la discrimination systémique des femmes est toujours présente, particulièrement dans le domaine du travail. En effet, la conciliation famille-travail n’est pas encore atteinte dans les conditions de travail, et ce sont souvent les femmes qui occupent cette sphère. Nous illustrerons ce phénomène par trois exemples dans les conditions de travail des professionnelles.

 1 Les postes à temps partiel.

Il demeure, encore aujourd’hui, que ce sont les femmes qui doivent s’absenter davantage du travail pour des obligations reliées à la garde ou à la santé des enfants. Ce sont majoritairement des femmes également qui choisissent de réduire leur prestation de travail pour prendre soin d’enfants en bas âge¹. S’il peut sembler tentant d’accepter un poste à temps partiel pour mieux concilier la famille et le travail, la réalité fait en sorte que ce choix fait par certaines femmes contribue à leur précarité. Dans la convention collective du personnel professionnel, les postes comportant moins de 75% de tâche (soit 26h ¼ par semaine) ne donnent accès à aucune permanence ni sécurité d’emploi (5-6.02 et 5-6.06). En effet, lors de l’abolition de postes, ce sont les détentrices de postes à temps partiel qui seront non rengagées en premier, et elles n’auront aucune indemnité de départ ni aucun mécanisme pour assurer leur salaire, contrairement à celles et ceux qui occupent des postes à temps plein. De plus, les professionnelles qui détiennent un poste à temps partiel voient plusieurs de leurs bénéfices appliqués en proportion des heures effectuées, comme les vacances (2-1.03). Finalement, la cotisation au RREGOP est moindre, et il n’est pas possible de « racheter » la différence entre notre poste à temps partiel et celui à temps plein, puisqu’il est uniquement permis de racheter des absences du travail. La rente sera donc proportionnellement réduite à la retraite, ce qui est un inconvénient non négligeable.

Magernite
2Les congés pour responsabilités familiales et parentales

 La convention collective prévoit que les congés pour responsabilités familiales et parentales, jusqu’à concurrence de six (6) jours, doivent être pris à même la banque de congés de maladie (7-4.07). Comme les femmes consacrent plus de temps aux soins des enfants et à l’aide aux proches², il y a un risque que ces dernières soient davantage pénalisées à ce niveau. En effet, elles pourraient voir leur banque de congés de maladie réduite. Ces congés de maladie sont monnayables ce qui fait en sorte qu’il y a un risque qu’elles reçoivent une indemnité moindre ou nulle. Lors de la négociation de la nouvelle convention collective, en 2015, la partie syndicale avait demandé que cette banque de congé soit séparée de la banque de congés de maladie pour favoriser la conciliation famille-travail. Cette demande a été malheureusement refusée par la partie patronale.

3Ž Le congé parental

 La convention collective du personnel professionnel prévoit un congé de maternité de vingt et une (21) semaines et un congé de paternité de cinq (5) semaines (5-13.05 et 5-13.23). La convention prévoit également la possibilité de prolonger sans traitement le congé de maternité ou de paternité. Ce congé sans traitement peut correspondre à une période où la professionnelle reçoit des prestations de congé parental du RQAP. Le congé parental peut être pris par l’un ou l’autre des parents, ou être fractionné. Il demeure que les femmes prennent en majorité le congé parental du RQAP³ et donc, le congé sans traitement prévu à la convention collective (5-13.33). Or, comme cette période est considérée comme un congé sans traitement pour la commission scolaire, certains avantages ne se cumulent pas complètement pour les professionnelles. En effet, cette période devra être rachetée aux fins du RREGOP. De plus, l’ancienneté et l’expérience se cumulent uniquement pour les cinquante-deux (52) premières semaines du congé (5-13.34). Aussi, une absence sans traitement de plus de soixante (60) jours aura des conséquences sur les crédits de vacances, qui seront réduits proportionnellement à la durée de l’absence (7-7.03).

En somme, on constate que malgré une apparente égalité dans les conditions de travail des hommes et des femmes, la situation de ces dernières est souvent inéquitable. Il importe donc de poursuivre la mobilisation et les luttes entreprises pour que l’égalité en droit devienne une égalité de fait.

parents

¹STATISTIQUE CANADA. (2015). Enquête sur la population active, Estimations de l’emploi à temps partiel selon la raison pour le travail à temps partiel, le sexe et le groupe d’âge, Tableau CANSIM 282-0014, [En ligne]. [http://www5.statcan.gc.ca/cansim] (Consulté le 25 août 2015). Selon ces données, parmi les personnes qui occupent des emplois à temps partiel pour des raisons volontaires, les femmes sont plus nombreuses. Elles sont également nettement plus nombreuses à indiquer faire ce choix pour prendre soin des enfants que les hommes, dans une proportion de 14% par rapport à 2,1% pour les hommes.

²Cahier de consultation- Gouvernement du Québec – Ensemble pour l’égalité entre les hommes et les femmes – 2015, p. 16. http://www.scf.gouv.qc.ca/fileadmin/images/contenus/Consultation/Consultation_Egalite.pdf

³70% des pères prennent uniquement le congé de paternité du RQAP, et donc seulement 30% des pères prennent une partie du congé parental. (Statistique Canada, mars 2015, et le Conseil de gestion de l’assurance parentale, 2013)

 

 

 

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lettre AVSEC février 2016_ENG

 

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